Pigments

Pigments



Voici un petit article résultant de recherches que j’avais faites, au départ, à titre privé. La documentation que j’ai trouvée concerne principalement les chats, ainsi que les souris. Je me suis basée sur ces documents pour rédiger la partie sur les poilus. La partie sur les plumés est elle principalement basée sur les écrits d’Alain Campagne (Les Euphèmes, livre publié par le CDE).

Mes sources sont indiquées avec plus de précisions en bas de l’article, je serais enchantée de pouvoir lire d’autres documents sur le sujet. Mes recherches jusqu’ici ne m’ont pas permis de trouver d’autres écris mais si vous en connaissez n’hésitez pas à m’en faire part à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir . Je vous en remercie d’avance.

Sommaire :

_ Généralités : les eumélanines , les phaéomélanines

_ Chez les poilus : les marquages, le noir, l'agoutis, l'albinos/le siamois/l'himalayen, lesgris, les marrons, les beiges, les oranges, le chinchilla, les yeux

_ Chez les plumés : structure d'une plume , répartition des pigments au sein d'une plume , les couleurs pigmentaires , les couleurs structurales , les marquages  

 

Généralités :

Selon l’encyclopedia universalis, « une substance est un pigment si elle absorbe la lumière ». Les pigments sont des molécules qui permettent la coloration des tissus vivants (aussi bien chez les plantes que chez les animaux).

Comme l’indique la définition de l’encyclopedia universalis, un pigment possède la faculté d’absorber certaines longueurs d’ondes, et il en réfléchit d’autres. Ce sont ces longueurs d’ondes réfléchies qui parviennent à nos yeux, ces derniers les interprétant comme des couleurs. Par exemple, la chlorophylle responsable de la couleur verte de nombreux végétaux absorbe toutes les longueurs d’ondes sauf celles correspondant à la couleur verte qu’elle réfléchit. Il en résulte que la plupart des végétaux sont verts, on parle de couleur pigmentaire.

Certaines couleurs ne sont pas dues à la pigmentation mais à la structure physique de la surface réfléchissant la lumière, on parle alors de couleur structurale. Ces couleurs sont obtenues par interférences, diffusion ou diffraction des longueurs d’ondes. La couleur bleue chez l’oiseau est due à la combinaison d’une couleur pigmentaire (ici due à la seule présence d’eumélanine) et d’une couleur structurale, nous y reviendrons plus loin.

Il existe une multitude de pigments mais seul un nombre restreint de ces pigments nous intéresse pour cet article. La couleur des « poilus » dont traite ce site  est due aux eumélanines et phaeomélanines, pigments appartenant à la famille des mélanines (du grec « melanos », noir). Les becs crochus, quant à eux, possèdent des couleurs dues aux eumélanines mais aussi a une famille de pigments propres aux psittacidés : les psittacines (psittacofulvines) qui sont responsables des couleurs allant du jaune au rouge.

 

Les eumélanines :

Les eumélanines sont responsables des couleurs allant du brun au noir. Les pigments d’eumélanines « sont noirs » (ils absorbent toutes les longueurs d’ondes visibles par l’œil humain) mais leur nombre et leur répartition au sein des phanères (plumes, poils), une diminution de leur taille ainsi qu’un problème dans leur synthèse conduisent a des couleurs plus claires tirant vers le brun ou le gris. Ces variations expliquent une bonne partie des couleurs chez les animaux à poils dont traite ce site et beaucoup de mutations chez nos becs crochus. Nous verrons ceci plus en détail dans les parties concernant les couleurs chez les poilus et chez les plumés.

La chaîne de fabrication des eumélanines est souvent en cause dans les mutations. Les eumélanines sont fabriqués à partir des tyrosines (acides aminés). La chaîne de fabrication est longue, les tyrosines subissent de nombreuses modifications et les molécules obtenues à la suite de ces modifications sont ensuite assemblées avant de devenir des eumélanines. Ces modifications sont faites par des enzymes (protéines), dont la tyrosinase fait partie. Il suffit que l’une de ces « étapes » de fabrication soit supprimée (à cause d’une mutation dénaturant une enzyme, par exemple) pour que les pigments d’eumélanine n’absorbent plus autant de longueurs d’ondes. C’est par exemple le cas de certaines mutations donnant des couleurs pigmentaires brunes (ex. : mutation cinnamon chez les becs crochus). Parfois même, si c’est une étape cruciale de la fabrication qui est retirée, la mélanine n’est plus produite, on obtient des albinos (ou lutinos chez les becs crochus), c'est-à-dire des animaux sans pigments d’eumélanine (les oiseaux ne deviendront pas forcément blancs).

 

Les phaeomélanines :

Ces pigments sont responsables de couleurs allant du brun clair au jaune. Là encore, les pigments sont bruns clairs mais divers phénomènes peuvent donner des couleurs plus claires (comme pour les eumélanines : répartition dans les cellules, synthèse des pigments etc …) tel que le jaune.

Ces pigments ne sont pas présents chez les becs crochus. Chez nos « poilus », ils interviennent dans la formation du poil agoutis, mais aussi, apparemment, pour la formation de certaines couleurs orangées (topaze/fawn chez la souris et le rat notamment). A vrai dire, j’ai dans un premier temps pensé qu’on ne trouvait pas ces pigments chez nos rongeurs. La description de la « couleur » de ces pigments varie selon les sources mais globalement on retrouve souvent les couleurs « jaune » et « roux » dans les définitions. N’ayant jamais vu de rat jaune, par exemple, je me suis dit qu’ils ne faisaient pas partie des pigments responsables des couleurs de nos rongeurs. Mais les phaeomélanines sont présents dans les poils agoutis. De plus, je me suis rendue compte que les poils phaeomélaniques décrits comme « jaunes » sont ceux du ventre des souris et rats agoutis (je l’aurais décris comme « beige clair » personnellement, d’où ma confusion initiale).

Ces pigments proviennent de la tyrotine et de la cystéine. Ils résultent eux aussi d’une chaîne de réactions complexes catalysées par des enzymes.

 

 

Dans tous les cas, les couleurs, structurales ou pigmentaires, sont obtenues par l’action de gènes. Les gènes, lorsqu’ils subissent des mutations (=modifications), peuvent conduire à la production d’enzymes dénaturées (ce qui altère la mélanosynthèse) ou dicter une répartition « anormale » des mélanosomes ou des mélanocytes. Tout ceci permet de donner une large palette de couleurs et marquages.

 

Chez les poilus :

Chez les rongeurs et lagomorphes, c’est via les poils que la couleur de l’animal s’exprime. Voyons comment les pigments s’organisent au niveau d’un poil.

Ce sont les prémélanosomes, des organites (= « élément d’une cellule vivant remplissant une fonction spécifique », enc. Hachette), qui sont chargés de la production des pigments. Une fois leur maturation achevée, les prémélanosomes deviennent des mélanosomes, organites siégeant dans le cytoplasme des mélanocytes. Les mélanocytes sont des cellules spécialisées, localisées au niveau du follicule pileux, elles contiennent donc des mélanosomes chargés en pigments de mélanine. Ces cellules transmettent leurs mélanosomes aux cellules médullaires présentent dans le poil. Ces dernières apparaissent au fur et à mesure de la croissance du poil et se chargent donc en mélanosomes à ce moment là. Une fois la croissance du poil arrivée à son terme, les mélanosomes resteront dans les cellules médullaires, c’est à eux qu’on doit la couleur du poil. On peut considérer, pour simplifier, les mélanosomes comme de petites poches remplies de pigments de mélanine.

Maintenant que vous voyez un peu mieux comment s’organise tout cela, voici une présentation, plus détaillée que celle que l’on fait habituellement, des couleurs pigmentaires chez nos rongeurs. Ces informations étant issues d’articles sur les chats et souris, elles peuvent être fausses pour certaines, même si il est bien évident que j’ai essayé de faire des descriptions les plus justes possibles.

J’ai essayé d’évoquer les couleurs sous des noms généraux et ceci pour que les propriétaires de différentes espèces s’y retrouvent et aussi parce que je parle plus de teintes que de mutations précises.

 

Les marquages : 

Certaines espèces ne connaissent que des marquages de type « blanc + couleur » : l’animal possède une couleur qui s’étend sur certaines zones du corps, le reste du corps étant blanc. C’est le cas du rat chez qui les tricolores n’existent pas. D’autres espèces, telles que les lapins, par exemple, peuvent avoir 3 couleurs dans le pelage (le blanc étant la troisième couleur).

Le premier type de marquage (blanc/couleur) s’obtient via une répartition particulière des mélanocytes dans le pelage. Certaines zones sont dépourvues de mélanocytes ce qui fait que les poils ne reçoivent pas de pigments : ils sont blancs. Ces « agencements » de mélanocytes dans le pelage sont dictés par des gènes. Souvent un marquage est du à l’expression de plusieurs gènes, parfois avec un gène majeur définissant les grandes lignes du marquage et un plusieurs gènes mineurs. C’est pour cela que l’on n’est pas toujours en mesure d’expliquer comment se transmet un marquage à la descendance de l’animal. 

Le second type de marquage résulte d’une absence de mélanocytes dans certaines zones du pelage (parties blanches) et de l’expression de deux couleurs pigmentaires différentes. Une première couleur pigmentaire se manifestera dans certaines zones du pelage, et une autre s’exprimera ailleurs. Ces couleurs seront dues à divers phénomènes affectant les pigments et mélanosomes, comme nous le verront après.

 

Le noir :

Il s’agit de la couleur la plus simple puisque l’eumélanine apparaît dans sa forme achevée (synthèse complète). Les pigments sont nombreux dans les mélanosomes. Les mélanosomes sont correctement répartis au sein des cellules médullaires, c'est-à-dire qu’ils occupent uniformément toute la surface des cellules. Bref, tout est normal.

Schéma :

 

L’agouti :

L’agouti est une couleur très répandue dans le monde animal, c’est souvent la couleur des rongeurs à l’état sauvage (lapins, souris, rats, pas les hamsters). Les poils agoutis sont noirs mais possèdent une bande brun clair vers leur extrémité. Cette bande n’est pas tout à fait à l’extrémité, le poil est, en partant de la base, noir sur une grande distance, puis brun clair sur une assez courte distance, et enfin l’extrémité du poil est noire.

Les parties noires sont dues, comme précédemment, aux eumélanines normalement produites et uniformément réparties dans les cellules médullaires. La bande brun clair est due aux phaeomélanines.

L’extrême diversité des teintes agoutis laisse supposer plusieurs variations dans la constitution du poil agoutis : il est possible que la phaeomélanine et que l’eumélanine soient plus claires chez certains animaux et ce pour diverses raisons (mauvaise qualité, mélanosomes plus petits ou plus regroupés etc …). La bande de phaeomélanine pourrait aussi être plus large chez certains animaux, ce qui provoquerait un éclaircissement du pelage (agoutis clair) ou au contraire plus fine, ce qui serait responsable des agoutis foncés.

Le ventre des agoutis ne contient, au moins chez le rat et la souris, que des pigments de phaeomélanine. Le ventre est donc plus clair que le dos.

Schéma :

 

Les couleurs de bases agoutis (chez le rat) :

En plus des agoutis, certaines espèces telle que le rat connaîssent d’autres couleurs dites « de base  agoutis ». Le poil est alors constitué de la même manière que les poils agoutis : une bande large d’eumélanine suivie d’une bande assez fine de phaeomélanine et enfin de l’extrémité du poil faite d’eumélanine.

Si, par exemple, les zones avec eumélanines ne sont plus noires mais brunes, le pelage sera plus clair, ce qui explique la couleur « cannelle » chez le rat.

On remarque aussi que les bleus agoutis, chez le rat, ont une teinte brune mêlé au gris du pelage, le gris étant la couleur dominante : c’est alors la répartition des mélanosomes dans les cellules médullaires qui est modifiée (voir de plus amples détails dans l’explication de la couleur grise), la bande de phaeomélanine est gardée « intacte » comme chez les poils agoutis « normaux ».

Et ainsi de suite pour toutes les couleurs de base agoutis chez le rat …

 

L’albinos, le siamois, l’himalayen :

Ces mutations assez particulières empêchent la production de pigments de mélanine. C’est l’enzyme tyrosinase, intervenant dans la synthèse de la mélanine, qui devient soit non fonctionnelle, soit non fonctionnelle au-delà d’une certaine température. Ceci est due à une mutation du gène codant pour la tyrosinase.

Chez l’albinos, aucun pigment de mélanine n’est produit, le rat a donc un pelage blanc et des yeux rouges puisque la rétine contient aussi des mélanocytes (et donc des mélanosomes et de la mélanine) qui colorent l’œil en temps normal.

Chez les siamois et himalayen, les pigments ne sont produits que dans les zones « froides » de l’animal, car au dessus d’une certaine température la synthèse ne peut s’effectuer. Je ne connais ni ladite température, ni la raison de l’arrêt de la production des pigments : les enzymes aidant à la fabrication des pigments seraient ils dénaturées à des températures plus basses qu’à l’accoutumé ? Toujours est il que seules les extrémités de l’animal sont pourvues de pigments : nez, oreilles, pattes, base de la queue. Les siamois ont souvent un corps blanc cassé ce qui montre que quelques pigments sont encore produits, mais très peu. La région lombaire peut être assez colorée (région du corps assez froide).

Les himalayens sont génétiquement des hétérozygotes, ils possèdent un allèle albinos et un allèle siamois. Comme, en quelque sorte, seul l’allèle siamois permet la synthèse de pigments, l’animal produit « deux fois moins » de pigments qu’un vrai siamois (ayant deux allèles siamois), c’est pour cela que les himalayens sont plus clairs que les siamois.

La couleur s’exprimant aux extrémités du pelage est celle de l’animal. Par conséquent, pour expliquer pourquoi un blue point aura des extrémités bleutées, il faudra se référer aux explications sur les autres couleurs.

 

Les gris :

Lorsque l’eumélanine n’est pas complètement synthétisée, lorsqu’elle est « inachevée », elle est brune et non pas grise. Ce n’est pas conséquent par un défaut lors de la synthèse de l’eumélanine qui est responsable de la couleur grise. Même si je n’ai pas trouvé de texte parlant précisément de phaeomélanine « inachevée » il est fort probable que cette dernière serait alors « jaune » et non pas grise.

Le gris résulte d’une répartition particulière des mélanosomes au sein des cellules médullaires. En tant normaux ces derniers sont uniformément répartis dans les cellules, ce qui donne la couleur noire. Là ils auront tendance à se regrouper par paquets ce qui éclaircit le pelage pour donner des teintes grises.

Le bleu russe constitue le plus foncé des bleus que l’on trouve chez nos rongeurs. Mais chez certaines espèces il existe des bleus plus clairs (des « gris » clairs). J’ai remarqué sur des rats bleus que les plus clairs d’entre eux avait du blanc à la base des poils, les plus foncés, à la couleur très proche du bleu russe, ayant un poil entièrement gris. Comme nous l’avons vu, plus la couleur est claire, plus les mélanosomes forment des paquets. A cela, pour expliquer les gris les plus clairs, on pourrait parler d’un autre phénomène : une variation dans la durée de fonctionnement des mélanocytes. Si ces derniers ne fonctionnent que pendant une partie de la croissance du poil, seule la partie supérieure du poil sera colorée, le reste sera blanc. Chez les bleus les plus clairs, il est donc probable que ce phénomène entre en jeu.

 

Les marrons :

Ici plusieurs phénomènes peuvent entrer en jeu. Je n’ai, à l’heure actuelle, pas assez d’informations pour dire plus précisément quel phénomène est responsable de telle ou telle couleur.

Les mélanosomes contenant de l’eumélanine (eumélanosomes) peuvent changer de forme, devenant plus rond et plus granuleux, il en résulte la couleur marron chez la souris (brown).

D’une part, l’eumélanine peut ne pas être synthétisée complètement, cela donne un brun foncé appelé cinnamon chez les becs crochus.

La quantité d’eumélanine produite peut aussi baisser, cela donne des couleurs plus claires que lors d’une altération de la synthèse de mélanine. Serait ce le mink chez le rat ?

Ces phénomènes peuvent, théoriquement, se combiner, ceci expliquant les différentes teintes de brun que nous connaissons chez nos rongeurs et lapins.

Si, en plus de cela, les mélanosomes se regroupent par paquets dans les cellules médullaires, on obtient des couleurs de type beige.

 

Les beiges :

Il s’agit du même phénomène que pour le gris. Les mélanosomes se regroupent par paquets au sein des cellules médullaires ce qui éclaircit la couleur générale de l’animal. Par contre, pour obtenir du beige, on part d’une couleur brune, il y a donc un autre phénomène faisant que les pigments d’eumélanines réfléchissent une couleur brune (voir le détail dans le paragraphe sur les marrons).

Là encore, comme pour le gris, pour expliquer les beiges les plus clairs ont peu émettre l’hypothèse d’une durée de fonctionnement des mélanocytes raccourcie. La base du poil sera alors blanche (les mélanosomes n’étant présents que dans les cellules médullaires de la partie supérieure du poil) ce qui éclaircit le pelage.

Ce phénomène de modification de la durée de fonctionnement des mélanocytes existe, il est responsable, lorsque les mélanocytes fonctionnent très peu de temps, des poils de type chinchilla. Seulement, je ne suis pas certaine qu’il soit correct de parler de ce phénomène pour les beiges les plus clairs (et de même pour les gris). Cela me paraît probable dans le sens où, même si la base du poil est blanche, sachant que son extrémité est beige, cela ne provoque pas forcément le même effet hétérogène du pelage que sur un poil type chinchilla pour l’extrémité du poil est noire. Sans y regarder de très près, je pense que l’on ne remarque pas que la base du poil est blanche, seulement sur une vue d’ensemble le pelage est forcément éclaircit.

 

Les « oranges » : 

Le chinchilla :

Le poil de type chinchilla est du a un fonctionnement temporaire des mélanocytes au cours de la croissance du poil : de fait, seule la partie supérieure du poil (le 1/8 supérieur a peu près) est noire.

 

Les yeux : 

La choroïde, membrane de l’œil située entre la rétine et la sclérotique, possède un ensemble de cellules pigmentaires. La rétine possède des mélanocytes. Lorsque dans ces cellules ont trouve des mélanosomes remplis d’eumélanines noirs et uniformément répartis dans les cellules, l’œil est noir.

L’œil peut s’éclaircir (eumélanine brune, mélanosomes qui se regroupent etc …) à cause de certaines mutations. Selon le degrés de cet éclaircissement, l’œil nous apparaîtra brun (dark rubis), rouge très foncé (dark rubis), rouge foncé (rubis), rouge ou encore rouge rosé (rose). L’œil le plus clair est en fait un œil « sans eumélanine », les mélanosomes ne produisent plus de pigments d’eumélanine et nous voyons apparaître les pigments rouges de la choroïde.

 

Chez les plumés. 

Chez nos amis les becs crochus, se sont les plumes qui sont responsables de leur jolie couleur. Voyons comment s’organisent les pigments au sein d’une plume.

 

Structure d’une plume :

Je vais ici faire une description plus détaillée que celle faite dans la partie « Anatomie ».

Le « tronc » de la plume se nomme rachis, c’est sur ce rachis que viennent se fixer des barbes qui constituent les « fils » apparents de la plume fixés sur le tronc central. Chacune de ces barbes constitue, en quelque sorte, une plume miniature ayant son tronc (le ramus) et ses fils (les barbules). Les barbules se tiennent entre elles pour assurer la cohésion de la plume grâce à des barbicelles.

Schéma :



Les pigments sont présents au niveau des barbes et des barbules.

Une barbe est formée de 3 couches concentriques (= 3 couches se superposant) :

- la partie centrale de la barbe, appelée zone médullaire, est constituée de cellules médullaires qui abritent l’eumélanine (voir le détail plus bas)

- la zone médullaire est entourée d’une zone spongieuse responsable des couleurs structurales

- pour finir, la zone spongieuse est elle-même entourée de la zone corticale qui renferme la psittacine et un peu d’eumélanine.

Schéma :

 

Les barbules contiennent aussi des pigments. Elles influent à petite échelle sur la couleur de l’animal (en la fonçant ou en l’éclaircissant). Elles ne sont pas faites comme les barbes, leurs cellules contiennent soit de l’eumélanine (dans ce cas le plumage sera plus foncé), soit des psittacines (plumage plus clair), et peuvent également contenir les deux familles de pigments.

 

Répartition des pigments au sein d’une plume :

Je vais ici parler de la synthèse des eumélanines. Je rappelle que la façon dont sont synthétisées les psittacines est inconnue, de même pour les pigments jaunes, on sait juste qu’ils existent.

 

Ce sont les prémélanosomes, des organites (= « élément d’une cellule vivant remplissant une fonction spécifique », enc. Hachette), qui sont chargés de la production des pigments d’eumélanine. Une fois leur maturation achevée, les prémélanosomes deviennent des mélanosomes, organites siégeant dans le cytoplasme des mélanocytes. Les mélanocytes sont des cellules spécialisées, localisées à la base des plumes, elles contiennent donc des mélanosomes chargés en pigments de mélanine. Ces cellules transmettent leurs mélanosomes aux cellules médullaires présentent dans la partie centrale des barbes. Ces dernières apparaissent au fur et à mesure de la croissance de la plume et se chargent donc en mélanosomes à ce moment là. Une fois la croissance de la plume terminée, les mélanosomes resteront dans les cellules médullaires. On peut considérer, pour simplifier, les mélanosomes comme de petites poches remplies de pigments de mélanine.

Les psittacines prennent place sur le pourtour de chaque barbe, dans la corticale.

Chez l’oiseau certaines couleurs sont simplement dues à la couleur des pigments présents dans la plume, ce sont les couleurs pigmentaires. D’autres couleurs sont dues à des phénomènes physiques, la structure de la plume renvoie la lumière de telle façon que l’œil humain perçoit des couleurs différentes de celles des pigments de la plume, ce sont les couleurs structurales. Parfois, les couleurs des plumes sont dues à la réunion des deux phénomènes.

J’ai essayé de ranger les mutations dans 3 catégories : couleurs pigmentaires, couleurs structurales et marquages.

 

Les couleurs pigmentaires :

 

Les yeux :

La choroïde, membrane de l’œil située entre la rétine et la sclérotique, possède un ensemble de cellules pigmentaires. La rétine possède des mélanocytes. Lorsque dans ces cellules ont trouve des mélanosomes remplis d’eumélanines noirs et uniformément répartis dans les cellules, l’œil est noir.

L’œil peut s’éclaircir (eumélanine brune mélanosomes qui se regroupent etc …) à cause de certaines mutations. Selon le degrés de cet éclaircissement, l’œil nous apparaîtra brun (dark rubis), rouge très foncé (dark rubis), rouge foncé (rubis), rouge ou encore rouge rosé (rose). L’œil le plus clair est en fait un œil « sans eumélanine », les mélanosomes ne produisent plus de pigments d’eumélanine et nous voyons apparaître les pigments rouges de la choroïde.

 

Couleurs de base : 

Vert : Ce n’est pas tout à fait une couleur pigmentaire puisque le vert s’obtient par combinaison du bleu et du jaune, le bleu étant chez l’oiseau une couleur structurale. Les barbes réfléchissant une couleur verte contiennent de la psittacine jaune dans leur corticale et de l’eumélanine dans leur zone médullaire. Si l’eumélanine est noire, le vert sera foncé. Il pourra être éclaircit si la zone médullaire reflète une couleur brune plus ou moins claire selon les mutations (cinnamon, fallow, pale fallow …).

Jaune : Une plume sera jaune si la zone médullaire ne contient pas d’eumélanine. Les seuls pigments présents dans les barbes seront les psittacines jaunes logées dans la zone corticale.

Rouge, orange : De même que pour le jaune, l’orange et le rouge s’obtiennent lorsque les seuls pigments occupants les barbes sont des psittacines qui seront dans ce cas soit rouges soit oranges.

Le rouge pourra être foncé si la zone médullaire contient un peu d’eumélanine.

Noir : Une plume est noire quand la zone structurale est absente. L’eumélanine occupe alors l’ensemble de la barbe (zone corticale et zone médullaire). Un peu de psittacine peut subsister dans la zone corticale ce qui fait des reflets colorés (souvent jaunes).



Mutations modifiant ces couleurs de base :

Cinnamon :

Cette mutation empêche la synthèse complète de l’eumélanine. Les pigments d’eumélanine sont normalement noirs, là ils seront bruns.

Au niveau des plumes normalement vertes, les zones corticales et structurales seront présentes, il en résulte un vert brunâtre (un peu comme du vert kaki).

Au niveau des plumes normalement noires, la zone structurale est absente et la zone corticale est remplie de mélanine brune. Les plumes sont alors brunes.

Au niveau des plumes normalement bleues, la psittacine est absence et comme la mélanine de la zone médullaire sera plus claire, le bleu sera éclaircit.

D’autres plumes possédant à la fois de l’eumélanine et de la psittacine (cas des plumes rouge foncé, par exemple) pourront être éclaircies.

 

Ino :

Il existe deux mutations Inos, l’une récessive liée au sexe, l’autre récessive autosomique : les deux empêchent la production d’eumélanine.

Les plumes normalement vertes deviendront jaunes. En effet, la zone médullaire ne contenant plus d’eumélanine, le bleu n’est plus produit grâce aux à la zone spongieuse qui, par un phénomène physique, renvoie les longueurs d’onde correspondant au bleu. En bref, le vert était issu de la combinaison bleu + jaune, comme il n’y a plus de bleu, la plume devient jaune.

Les plumes normalement bleues, c'est-à-dire les plumes où il n’y a pas de psittacine mais seulement de l’eumélanine, deviendront blanches.

Les plumes normalement noires deviendront aussi blanches.

Les yeux deviendront rouges clairs, les pattes, le bec et les griffes seront couleur chair.

Pallid :

Cette mutation diminue légèrement la quantité de mélanosomes et provoque un léger regroupement de ces derniers.

Les plumes normalement noires s’éclaircissent donnant du gris foncé. De même, le vert et le bleu seront légèrement éclaircis. Le phénomène n’est pas très prononcé, il se voit surtout en comparaison avec un type sauvage.

Les yeux sont noirs, et les becs, pattes et griffes ne seront pas éclaircis.

 

Platinium :

Cette mutation diminue énormément la quantité de mélanosomes, la baisse étant de l’ordre de 80 %.

Les plumes normalement noires deviennent alors blanches légèrement brunies (un peu plus que du blanc cassé).

Les verts deviennent le jaune (la quantité d’eumélanine étant trop faible) et les bleus sont aussi considérablement éclaircis et deviennent pour ainsi dire blancs.

La diminution de la quantité d’eumélanine est aussi visible au niveaux des yeux (ils deviennent rouges), des pattes (elles seront couleur chair), du bec et des griffes (ils seront aussi couleur chair).

 

Dilute :

Cette mutation affecte la quantité de mélanosomes au niveau de la zone médullaire. La baisse est là aussi très importante (70% env.) mais le sera légèrement moins que pour le platinium.

Les plumes normalement noires seront blanches légèrement brunies.

Les plumes normalement vertes deviendront jaunes avec une suffusion de vert.

Quant aux plumes normalement bleues elles seront blanches bleutées.

La diminution de la quantité d’eumélanine n’affecte pas les autres parties du corps (yeux, becs, pattes etc …).

 

Faded :

Cette mutation diminue sensiblement la quantité de mélanosomes. De plus, l’eumélanine au lieu d’être noire devient aussi brun foncé (il est probable que la synthèse ne soit pas complètement achevée).

L’effet est semblable a celui de la mutation pallid avec l’effet brun en plus. Les plumes noires, par exemple, deviennent gris brun foncé. De même les verts sont brunis et les bleus éclaircis.

La couleur du bec, des pattes et des griffes reste inchangée. Les yeux sont dark rubis à la naissance et deviennent très vite noirs.

 

Pastel :

La quantité de mélanosomes est diminuée d’environ 50 %.

L’oiseau est plus clair, l’éclaircissement est du même ordre que celui provoqué par le cinnamon. La différence principale est que l’eumélanine des cinnamon est brune alors que celle des pastels reste grise.

Les plumes vertes seront plus claires, de même pour les bleus, mais contrairement au cinnamon ces couleurs ne seront pas brunies en même temps qu’éclaircies. Les plumes noires deviendront grises assez foncé (alors que celles des cinnamon deviennent brunes).

Les yeux peuvent être dark rubis ou noirs. Les becs, griffes et pattes ne changent pas de couleur (ou très peu).

 

Fallow (Bronze Fallow) :

 

Pale Fallow :

 

Khaki :

 

Les couleurs structurales.

Bleu :

La couleur bleue est obtenue lorsque les barbes ne contiennent pas de psittacine. Il ne reste plus que l’eumélanine noire au niveau de la zone médullaire. Pourquoi alors la plume apparaît elle bleue ? Parce que la zone médullaire est entourée d’une zone dite structurale qui, via un phénomène physique, nous renvoie des longueurs d’ondes donnant la couleur bleue (alors que normalement aucune longueur d’onde n’est réfléchie puisque la plume devrait nous apparaître noire).



Bleu partiel :

Cette mutation diminue la quantité de psittacine jaune contenue dans la corticale. On a vu qu’une plume est bleue lorsque la corticale ne contient pas de psittacine. Là, il reste un peu de psittacine, mais qu’il n’y en a pas autant qu’en temps normal.

La quantité de psittacine contenue dans les plumes varie d’un oiseau un autre. Des noms ont été donnés à ces différents phénotypes. Certains oiseaux ont une diminution supérieure à 50% de la quantité de psittacine, et ce sur tout le corps, on les appelle généralement Aqua. D’autres ont une aussi importante réduction de la quantité de psittacine sur le ventre et la poitrine mais les plumes de leurs dos contiennent encore beaucoup de psittacine, on les appelle Turquoise. Les Turquoises sont, vus de dos, plus foncés que les Aqua.

Les plumes normalement vertes auront une couleur vert bleuté (donc intermédiaire entre vert et bleu), chez certains oiseaux la couleur verte dominera sur le bleu alors que d’autres auront des plumes quasiment bleues (au lieu de vert) avec de légères traces de vert.

Les plumes jaunes, qui ne contiennent que de la psittacine, seront plus ou moins éclaircies selon les oiseaux. De même pour les plumes rouges et oranges.

Les plumes bleues le resteront, de même pour les plumes noires.

La couleur des yeux, du bec, des pattes et des griffes n’est pas affectée.



Gris :

Le gris n’est pas une couleur structurale puisqu’il résulte justement de l’absence de la couche qui, via un phénomène physique, modifie la couleur de l’eumélanine. Cependant je l’ai rangé dans cette catégorie car la mutation est en relation avec les couleurs structurales.

Cette mutation supprime la zone spongieuse qui permet d’obtenir les couleurs structurales (bleu). De fait, les plumes qui étaient noires le reste, celles qui étaient bleues deviennent grises (plus ou moins foncé selon que l’intensité du bleu) et celle qui étaient vertes deviennent vert grisâtre.

La couleur des yeux, du bec, des pattes et des griffes n’est pas affectée.

Facteur Foncé :

Cette mutation influe sur l’épaisseur de la zone spongieuse : elle diminue, ce qui fonce la couleur de l’animal. Lorsque la zone spongieuse est intacte l’ensemble zone spongieuse + médullaire produit une couleur bleue, mais lorsque que l’épaisseur de la spongieuse diminue, l’ensemble produit une couleur tendant vers le gris/noir, donc plus foncée.

Chez un simple facteur foncé, l’épaisseur est diminuée quasiment de moitié, toutes les plumes contenant de l’eumélanine foncent. Chez un double facteur, la diminution est encore plus importante, les plumes contenant de l’eumélanine deviennent encore plus foncées (par rajout de noir dans la couleur des plumes).

La couleur des yeux, du bec, des pattes et des griffes n’est pas affectée.

 

Violet :

Cette mutation agit sur la structure de la zone spongieuse. En tant normal, cette dernière renvoie des longueurs d’ondes correspondant à la couleur bleue. Avec cette mutation, les longueurs d’ondes renvoyées tendent vers le violet. C’est une mutation codominante, un simple facteur violet sera « moins violet » qu’un double facteur violet.

Le vert étant composé du bleu et du jaune, cette mutation affectera les plumes vertes de l’oiseau, mais cela sera assez peu visible (à moins d’avoir l’œil). Par contre, les plumes bleues seront plus ou moins violacées. Les plumes noires et jaunes/orange/rouge ne changeront pas de couleur.

La couleur des yeux, du bec, des pattes et des griffes n’est pas affectée.

 

Les Marquages : 

Opaline :

Cette mutation agit au niveau de chaque plume en modifiant la disposition des différentes familles de pigments au sein de celle-ci. Plus précisément, c’est le fonctionnement des mélanocytes (qui fournissent les plumes en mélanosomes au court de leur croissance) qui est concerné : ils fonctionnent par alternance ce qui fait que seules certaines zones de la plume reçoivent des mélanosomes.

Les zones contenant de l’eumélanine seront moins étendues et au contraire celles contenant de la psittacine prendront plus d’importance. Généralement, le pourtour de chaque plume ne contient plus d’eumélanine et cette bande sans eumélanine peut être plus ou moins large (les mélanocytes se mettent donc « en fonctionnement » avec « du retard »).

Un exemple : une plume verte. Chez un oiseau opaline, le bord de la plume deviendra jaune (donc plus d’eumélanine). Selon les oiseaux, la zone jaune pourra occuper la moitié de la plume voire sa totalité.

Les plumes noires auront un pourtour blanc plus ou moins épais, pareil pour les plumes bleues. Les plumes jaunes/oranges/rouges ne changeront pas mais leur couleur pourra être plus intense.

 

Panaché :

Les panachés possèdent dans leur plumage des zones sans mélanocytes, c'est-à-dire des zones où l’eumélanine n’est pas produite. La structure des barbes n’est pas modifiée. Dans ces zones, les couleurs seront les mêmes que pour les inos (jaune, orange, rouge ou blanc), le reste du plumage sera normal.

Selon les espèces, ces zones sans eumélanine peuvent former des dessins plus ou moins précis, comme chez la perruche ondulée où ces marquages sont appelés pies (pie dominant, récessif, clearflight).

 

Spangle :

Cette mutation agit au niveau de chaque plume. Elle diminue la quantité de mélanosomes et « refoule » ces derniers vers l’extrémité de la plume. De façon plus détaillée, c’est la durée de fonctionnement des mélanocytes au cours de la croissance des plumes qui est concernée : les mélanocytes ne fonctionnent qu’au « début » de la croissance de la plume, c’est pourquoi seule le bout de cette dernière contient des mélanosomes. Seules les extrémités des plumes ont des couleurs résultant de la présence d’eumélanine (vert, bleu, marron, noir, gris).



 

Sources :

- Deux articles de l’encyclopedia universalis : Les Pigments, La Pigmentation Animale.

- Le livre Les Euphèmes, écrit par Alain Campagne et publié par le CDE en 2006.

- Un court article trouvé sur le site de l’école vétérinaire de Maison Alfort : voir l’article (ce lien ouvre une nouvelle fenêtre).

- Un article datant de 2005 et écrit par Philippe BOSSE : voir l’article (ce lien ouvre une nouvelle fenêtre).